Depuis le 1er mai 2026, il existe en Suisse romande un seul numéro pour les personnes victimes de violence physique, psychique ou sexuelle : le 142. Six cantons – Fribourg, Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura et Genève – le gèrent ensemble. La ligne intercantonale est exploitée par une association fribourgeoise : Solidarité femmes Fribourg / Frauenhaus Freiburg, qui gère également le centre d’aide aux victimes pour les femmes du canton.
C’est une moitié du tableau. L’autre : le seul service spécialisé du canton qui traite le travail du sexe comme un travail et non comme un cas particulier d’autre chose est ouvert deux après-midis par semaine. Les deux coexistent. Quiconque travaille dans le secteur de l’érotisme dans le canton de Fribourg se meut entre une infrastructure d’urgence bien développée pour les victimes de violence et une offre très réduite, très spécialisée pour la vie professionnelle quotidienne.
Cet article classe les compétences de chaque service, ses horaires d’accessibilité – et ce qui tombe entre les mailles des filets.
La carte : presque tout se trouve à la ville de Fribourg
Quand on place les points de contact fribourgeois sur un plan de ville, on voit rapidement pourquoi le lieu de résidence prime sur le besoin. Les adresses essentielles se trouvent à distance de marche les unes des autres :
- Boulevard de Pérolles 30 – Fri-Santé et le programme Grisélidis
- Boulevard de Pérolles 57 – Empreinte (Fondation Le Tremplin), tests et santé sexuelle
- Rue de Lausanne 91 – Solidarité femmes Fribourg / Frauenhaus Freiburg, aide aux victimes pour les femmes
- Rue Hans-Fries 1 – Centre d’aide aux victimes pour les enfants, les hommes et les victimes d’accidents
- Rue de la Grand-Fontaine 50 – Centre fribourgeois de santé sexuelle (CFSS)
- Place Notre-Dame 2 – Police de sûreté, où se fait l’enregistrement selon la loi sur la prostitution
En dehors de la capitale cantonale, c’est moins fourni, mais pas vide. Le CFSS dispose d’une antenne à la Rue de la Condémine 60 à Bulle, et depuis le 2 mars 2026 d’une troisième à la Place de la Gare 2 à Düdingen/Guin, au troisième étage du Buffet de la Gare, dans les locaux du service social Sense-Unterland. Des consultations y sont proposées le lundi après-midi, en allemand et en français – une différence tangible dans un canton bilingue où la population de langue allemande de la Singine devait jusqu’à présent se rendre à Fribourg. Espacefemmes/frauenraum a également étendu ses consultations juridiques à Bulle.
Ce n’est pas le cas pour la consultation spécialisée sur le travail du sexe lui-même : elle se trouve à une seule adresse.
Grisélidis : le service qui connaît le métier
Grisélidis a été fondée le 8 mars 2007 – la Journée internationale des femmes – par un groupe de Fribourgeoises, car aucune structure spécifique pour les travailleur·euse·s du sexe n’existait dans le canton. Le nom fait référence à Grisélidis Réal, pionnière des droits des travailleur·euse·s du sexe en Suisse. Aujourd’hui, Grisélidis est un programme de l’association Fri-Santé.
Permanence sociale : mercredi et vendredi, 13h30–16h30, Boulevard de Pérolles 30, sans rendez-vous et confidentiel. Les consultations se font en français, allemand, espagnol, anglais et roumain. Téléphone 026 321 49 45, [email protected].
Le contenu de la permanence couvre exactement ce que personne d’autre ne réunit : les questions d’enregistrement auprès de la police, de permis de séjour, d’assurance-maladie, de finances, de déclaration fiscale et de réorientation professionnelle. S’ajoutent la vente de matériel de prévention à des prix abordables. Si vous vous demandez pourquoi un service de santé aide à la déclaration fiscale : parce que l’aspect administratif du travail indépendant dans le canton de Fribourg dépend de plusieurs autorités à la fois – l’enregistrement auprès de la police ne remplace ni l’inscription auprès de la caisse de compensation ni l’obligation fiscale, et qui ne le sait pas s’en aperçoit souvent que quand la facture arrive des années plus tard.
Grisélidis ne fait pas que recevoir. Depuis 2008, l’équipe visite chaque semaine les salons d’érotisme, les bars et les cabarets, et un bus de prévention stationne un soir par semaine Rue de la Grand-Fontaine en ville de Fribourg – là où se pratique le travail du sexe en rue.
Pour donner un ordre de grandeur : pour l’année 2018, le dernier exercice avec des chiffres ventilés publiquement, le rapport de la commission cantonale rapporte 802 contacts à la permanence et 1’205 contacts avec le bus (2017 : 873 et 1’226). Le canton n’a pas publié de chiffres détaillés plus récents sous une forme comparable – pour des données actuelles, contactez directement le service spécialisé ou la commission.
Quand la violence est impliquée : 142, aide aux victimes, police
Le 142 est gratuit, confidentiel et accessible 24h/24. La répartition des tâches : en semaine de 8h à 18h, les centres d’aide aux victimes cantonaux prennent les appels ; en soirée, les week-ends et jours fériés, la ligne intercantonale reprend. Elle s’adresse non seulement aux victimes, mais explicitement aussi aux proches et aux témoins.
Un premier bilan après deux mois : environ 550 appels en dehors des heures de bureau pour les six cantons, 70 % de femmes, environ 40 % des cas concernaient la violence domestique. La responsable de la ligne intercantonale chez Solidarité femmes Fribourg note que les appels pendant les heures de bureau ne sont pas inclus dans ce chiffre. Le contraste avec le canton du Jura voisin, où le numéro existe mais un service spécialisé pour le travail du sexe manque, montre ce que le 142 peut faire et ce qu’il ne peut pas : c’est un accès, pas un substitut à la consultation spécialisée.
Les deux centres d’aide aux victimes fribourgeois sont séparés par publics cibles :
- Femmes : Solidarité femmes Fribourg / Frauenhaus Freiburg, Rue de Lausanne 91, 1700 Fribourg, 026 322 22 02, [email protected]
- Enfants, hommes et victimes d’accidents : Rue Hans-Fries 1, 1705 Fribourg, 026 305 15 80, [email protected]
Trois points souvent méconnus en pratique : les prestations des centres d’aide sont gratuites. Elles ne présupposent pas une plainte pénale – on peut se faire conseiller puis décider si on porte plainte. Et la consultation est liée à l’infraction pénale, non à la question de l’ancienneté du séjour en Suisse ; c’est le centre d’aide lui-même qui clarifie si des prestations sont possibles dans le cas particulier. En cas d’urgence, composez toujours le 117 (police) et le 144 (ambulances).
Que les travailleur·euse·s du sexe hésitent de manière connue à porter plainte n’est pas un problème spécifique à Fribourg, mais un problème de la branche entière. C’est justement pour cela que passer par un centre d’aide ou une personne d’accompagnement est utile : cela sépare la décision « je veux du soutien » de la décision « je vais à la police ».
Le service qui t’enregistre n’est pas le service qui te conseille
L’enregistrement selon la loi fribourgeoise sur la prostitution (LProst, en vigueur depuis 2011, avec ordonnance afférente) se fait auprès de la Police de sûreté à la Place Notre-Dame 2 à Fribourg. Les rendez-vous sont pris auprès de l’unité prostitution au 026 304 17 19 ; les enregistrements se font lundi après-midi et jeudi matin.
Cette séparation – enregistrement auprès de la police, consultation auprès d’un service spécialisé indépendant – est la règle dans plusieurs cantons et a un inconvénient à connaître : L’autorité qui t’enregistre n’est pas celle qui t’aide, et inversement, le service spécialisé ne peut pas te dispenser de l’obligation d’enregistrement. Là où le conseil est librement choisi, la compétence ne l’est pas. Comment les modèles cantonaux diffèrent le montre l’aperçu de la situation juridique par canton.
Les violations de la LProst peuvent être sanctionnées sur le plan administratif, y compris par des mesures contre les responsables de salons. Nous ne mentionnons volontairement pas de montants d’amende concrets : les chiffres circulant sur le web proviennent en partie d’autres cantons avec des titres de loi identiques. Le texte de la loi fribourgeoise est contraignant – et en cas de doute, consultez la police cantonale ou le Département de la sécurité et de la justice.
La charte éthique : une règle de protection liée à l’autorisation
Une particularité fribourgeoise est la charte éthique qui s’applique aux personnes exerçant la prostitution et dont le respect est une condition de l’autorisation d’un salon. Parmi d’autres choses, elle stipule que seules les relations sexuelles protégées sont autorisées et que des préservatifs doivent être mis à disposition gratuitement ou au prix de revient. La charte existe en cinq langues (français, allemand, anglais, espagnol, roumain), de même que la FAQ de la commission cantonale.
Cette commission – la commission consultative en matière de prostitution, ancrée à l’article 20 LProst – développe des mesures de prévention et de soutien, s’informe régulièrement de la situation et coordonne les acteurs impliqués. Ce n’est pas un point de contact pour les cas individuels, mais elle façonne la façon dont le sujet est abordé dans le canton. Ses rapports sont la seule source de données publiques relativement régulière sur la branche dans le canton.
De plus, le Conseil d’État a approuvé le 6 juillet 2023 une stratégie cantonale de santé sexuelle avec 16 mesures et cinq domaines d’action (perspectives jusqu’en 2031, plan d’action 2023–2026). Les travailleur·euse·s du sexe y sont explicitement nommés comme l’une des populations vulnérables – un document, pas une offre, mais une référence sur laquelle on peut s’appuyer.
La santé aussi sans assurance-maladie
Fri-Santé, Boulevard de Pérolles 30, 1er étage, 026 341 03 30 : permanence lundi 9–12h, mardi 13–17h, jeudi 9–12h, sans rendez-vous, gratuit et discret. L’offre s’adresse à toutes les personnes sans assurance-maladie ou en retard de primes – avec ou sans statut de séjour.
Le taux d’occupation est réel : en 2024, Fri-Santé a comptabilisé 1’712 consultations, dont 949 médicales-infirmières, 56 dentaires et 763 socio-administratives, plus 162 patient·e·s nouvellement pris·e·s en charge, en majorité des femmes. Dans son rapport annuel, l’association écrit que les équipes travaillent « à flux tendus » – au maximum – et que la sécurisation de la structure est l’un des grands défis des années à venir. Qui connaît les lacunes de financement des cantons voisins fribourgeois reconnaît le schéma : les offres existent, mais elles dépendent de très peu de postes en équivalents plein temps.
Empreinte, Boulevard de Pérolles 57, 026 424 24 84, [email protected] : tests VIH et IST anonymes et sans rendez-vous, accompagnement PrEP et suivi. Horaires : mercredi 8h30–11h30 et 13h–18h30, jeudi 8h30–11h30 et 13h–16h, vendredi 8h–11h30 et 13h–15h.
CFSS, 026 305 29 55, [email protected] : entretiens confidentiels et gratuits, lundi à jeudi 9–12 et 14–17h aux trois sites Fribourg, Bulle et Düdingen. Important à savoir : les tests de dépistage des infections sexuellement transmissibles au CFSS sont prioritairement réservés aux personnes de moins de 25 ans. Pour les travailleur·euse·s du sexe, Grisélidis et Empreinte sont donc généralement le chemin plus direct.espacefemmes/frauenraum, rue Saint-Pierre 10, 026 424 59 24 : Accueil lundi à vendredi 9–12 h ainsi que lundi, mardi et jeudi 14–17 h. Deux fois par mois, une consultation juridique de 30 minutes sur le droit du travail et le droit de la famille est proposée par des avocates – désormais aussi à Bulle.
Exploitation et traite des êtres humains : qui coordonne
Le canton de Fribourg gère depuis le 1er janvier 2008 un mécanisme de coopération contre la traite des êtres humains, mis en place par ordonnance du Conseil d’État. Y participent la police cantonale, l’office de la population et des migrations, l’office social, l’office du marché du travail, le ministère public ainsi que les centres de consultation en aide aux victimes. L’objectif est une meilleure protection des victimes et une répression plus efficace – avec des processus définis plutôt que des contacts fortuits.
Concrètement, pour les personnes concernées : Solidarité femmes Fribourg traite la traite des êtres humains, l’exploitation et la contrainte comme un domaine de consultation propre. Ceux qui souhaitent rester anonymes ou signaler un soupçon sans être eux-mêmes concernés peuvent s’adresser à la centrale d’annonce nationale ACT212 : 0840 212 212, lundi à vendredi 10–18 h, le numéro d’appel est supprimé ; les annonces sont également possibles en ligne.
Cela en fait aussi partie : le droit fédéral sur les étrangers contient des dispositions qui s’appliquent spécifiquement aux victimes de traite. Que et comment elles s’appliquent dans chaque cas concret est jugé par les autorités compétentes – consulter un centre de conseil avant de parler avec l’office des migrations n’est donc pas un retard, mais une mesure de protection.
Ce que le réseau ne couvre pas
Trois lacunes sont évidentes et devraient être prises en compte dans votre propre planification :
Temporellement. La consultation spécialisée pour le travail du sexe a lieu deux après-midi, les tests trois jours, le bus un soir. Les heures de travail de la branche se situent largement en dehors. Ce qui fonctionne 24 heures sur 24, c’est le 142 – une ligne d’aide aux victimes de violence, non un service pour les questions de permis ou d’impôts.
Géographiquement et linguistiquement. L’offre est concentrée dans la ville de Fribourg. L’antenne CFSS à Düdingen depuis mars 2026 et la consultation juridique d’espacefemmes à Bulle sont les premières exceptions visibles – pour la partie francophone du canton, la consultation spécialisée sur le travail du sexe reste cependant un trajet à Fribourg (où les conseils sont toutefois donnés en français).
Structurellement. La commission elle-même a à plusieurs reprises constaté que la croissance du travail du sexe médiatisé par Internet constitue un défi tant sur le plan administratif que pour la prévention et la détection précoce. Le travail de proximité atteint les salons et la rue. Ceux qui ne travaillent qu’en ligne n’apparaissent dans aucune de ces statistiques – et doivent faire le premier pas eux-mêmes.
Concrètement : ce que tu peux faire aujourd’hui
- Mémoriser les numéros avant d’en avoir besoin : 117 (police), 144 (ambulances), 142 (aide aux victimes, 24 h/24), 026 321 49 45 (Grisélidis), 0840 212 212 (ACT212).
- Établir un premier contact tant qu’il n’y a rien. Un visage aux heures de consultation réduit considérablement le seuil en cas d’urgence.
- Appeler avant d’y aller. Les heures d’ouverture des associations changent, notamment en cas de manque de personnel.
- En cas de violence : d’abord se conseiller, puis décider. L’aide aux victimes est gratuite et ne nécessite pas de plainte.
- Prendre quelqu’un avec soi. Tu peux te faire accompagner à la police, chez le médecin ou auprès des autorités – une personne de confiance ou un service spécialisé.
Toutes les informations de ce texte sont basées sur des sources accessibles au public du canton de Fribourg, des associations concernées et de la couverture médiatique régionale, en septembre 2026. Les heures d’ouverture, les adresses et les compétences peuvent changer ; seules les informations des autorités cantonales compétentes et des centres de consultation eux-mêmes sont contraignantes. Pour les questions juridiques concernant l’obligation de signalement et l’autorisation de salon, la police cantonale de Fribourg respectivement la direction de la sécurité et de la justice du canton de Fribourg est l’adresse appropriée.