Celui qui veut savoir comment la Suisse régule différemment le travail du sexe n’a qu’à comparer deux cantons voisins. Tandis que Nidwald ne connaît aucune loi propre sur le travail du sexe et que tout fonctionne par des procédures de notification et des plans de zones, le canton de Neuchâtel a choisi l’approche inverse : une loi cantonale formulée explicitement qui régule le travail du sexe, qui interdit le proxénétisme de rue sur tout le territoire et qui exige une véritable autorisation administrative pour les salons.
Pour tous ceux qui travaillent dans le canton de Neuchâtel, qui gèrent un salon ou qui le planifient, la différence entre « autorisation » et « notification » n’est donc pas une querelle de mots, mais elle détermine le bon office, le bon formulaire et le bon ordre de procédure. Cet article classe la situation de Neuchâtel en 2026 – explicitement comme une orientation, non comme un avis juridique. L’autorité compétente est toujours seule habilitée à se prononcer de manière définitive.
Un canton avec sa propre loi : la LProst
Neuchâtel régule le travail du sexe par la Loi sur la prostitution et la pornographie (LProst) du 30 août 2016 (Recueil systématique de Neuchâtel 941.70). Elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2017 et a remplacé une première loi de 2005 qui n’était plus à la hauteur de la scène des salons en croissance rapide à l’époque. La loi est complétée par un règlement d’exécution (RELProst) du 14 décembre 2016 et par un décret séparé concernant les émoluments (RSN 941.72).
La loi couvre, selon son libellé propre, toute forme de prostitution – sont explicitement mentionnés la prostitution de rue dans l’espace public, la prostitution de salon et l’activité d’escorte. La LProst s’applique donc indépendamment du fait qu’une personne travaille dans un salon de massage, dans un logement privé ou en tant qu’accompagnatrice mobile.
Le fait que Neuchâtel dispose d’une telle loi fait du canton un modèle de contraste avec ceux où aucune base légale spéciale n’existe et où les autorités doivent se fier au droit général de la construction, du commerce et des étrangers. Ceux qui se demandent généralement à quel point ces modèles cantonaux diffèrent trouveront dans notre aperçu « 26 régimes juridiques, un métier » la carte plus grande. Neuchâtel s’y situe à l’extrémité réglementée de l’échelle.
Deux procédures de notification séparées : le salon et la personne
L’erreur de raisonnement la plus courante à Neuchâtel est l’hypothèse qu’il existe « une » inscription. En fait, deux procédures se déroulent parallèlement auprès de deux services différents. Dans les cantons comme Appenzell Rhodes-Extérieures, c’est exactement cette différence – autorisation pour l’exploitation, simple notification pour la personne – qui crée régulièrement de la confusion. À Neuchâtel, la séparation est clairement établie dans la loi.
Le salon : autorisation auprès de l’ORCT
Quiconque souhaite exploiter un salon ou une agence d’escorte dans le canton de Neuchâtel doit agir avant de débuter son activité. Le service compétent est le Service de l’emploi (SEMP) par son Office des relations et des conditions de travail (ORCT), concrètement le « secteur contrôle ». La personne responsable y déclare l’exploitation avec un formulaire d’autorisation ou de déclaration et doit s’identifier elle-même.
Les obligations de l’exploitant sont formulées de manière comparativement stricte dans la loi. Elles comprennent notamment :
- le consentement écrit du propriétaire des locaux,
- l’obligation de signaler aux autorités le nombre et l’identité des personnes travaillant dans le salon et de le maintenir à jour,
- le respect des contrôles continus.
Pour le suivi d’un dossier de salon ou d’agence, l’ORCT perçoit une redevance forfaitaire annuelle qui, selon la situation, s’élève à environ 1’224 à 1’530 francs. Ce montant est une redevance d’exploitation de l’exploitant – ce n’est pas quelque chose que la personne exerçant le travail du sexe paie.
La personne : notification personnelle auprès de la police cantonale
Parallèlement à cela, il existe une obligation de notification individuelle pour la personne qui exerce le travail du sexe elle-même. Quiconque exerce pour la première fois la prostitution dans le canton doit se déclarer personnellement auprès du service compétent. Cette notification est prise par la police cantonale, concrètement par son brigade contre la traite des êtres humains et la prostitution clandestine. Elle enregistre la personne et tient le registre correspondant.
La police communique les notifications – inscription comme fin d’activité – à l’administration fiscale cantonale. Cette liaison n’est pas un hasard : le travail du sexe est considéré en Suisse comme une activité professionnelle indépendante (ou selon la situation comme salariée) et est assujetti à l’impôt sur le revenu ainsi qu’à l’AVS. Les données personnelles sont traitées légalement comme confidentielles.
Important pour la pratique : la notification auprès de la police n’est pas une autorisation. C’est un enregistrement qui accompagne l’activité légale – similaire à une obligation de déclaration, non à une permission préalable. La véritable autorisation administrative à Neuchâtel concerne l’exploitation, non la personne individuelle.
Ce qui est interdit – et la forme spéciale de Neuchâtel
Un point central de la LProst est l’interdiction généralisée de la prostitution de rue. Le travail du sexe dans l’espace public est interdit dans tout le canton ; la police le contrôle activement, par exemple à La Chaux-de-Fonds environ deux fois par mois en moyenne. Celui qui emménage d’un canton où le proxénétisme de rue est toléré doit connaître cette différence – elle est absolue, pas seulement limitée à certaines zones. Le fait qu’un changement de canton modifie si radicalement les règles du jeu est plutôt la règle que l’exception en Suisse ; à quel point une frontière détermine la vie quotidienne se montre également du fait que le plan de zones détermine ailleurs l’autorisation.
En compensation, la révision de 2016 a créé une catégorie plutôt rare en Suisse : l’« établissement public spécialisé », c’est-à-dire le bar érotique explicitement autorisé ou le cabaret où le travail du sexe est autorisé. Dans tous les autres établissements publics, il reste interdit. Celui qui souhaite gérer un tel établissement a besoin d’une autorisation spécifique. Le règlement d’exécution exige notamment que l’activité soit clairement identifiable de l’extérieur et que l’accès soit visiblement interdit aux mineurs.
Cette forme spéciale est restée une niche dans la pratique : fin 2024 comme fin 2025, le canton en comptait exactement un tel établissement public spécialisé. Le modèle existe donc – la demande pour celui-ci est limitée.
Également nouveau avec la révision : le recours à des services sexuels n’est autorisé que si la personne qui les offre est majeure. La loi fixe donc explicitement une limite d’âge à 18 ans – un point qui a reçu beaucoup d’attention lors de son introduction.
Contrôles, santé et sanctions
La surveillance est répartie entre plusieurs épaules dans la loi. Outre l’ORCT (dossiers d’exploitation) et la police cantonale (enregistrement des personnes), le secteur de la santé est responsable des aspects sanitaires : au niveau du médecin cantonal, des inspections peuvent être effectuées dans les salons et les agences, et des mesures sanitaires peuvent être ordonnées.
La densité de contrôle est concrètement réglementée : chaque établissement légal est inspecté au moins une fois par an – et en tout cas dans les trois mois suivant l’ouverture. En cas de violation, des sanctions administratives jusqu’au retrait de l’autorisation menacent. Sur le plan pénal, la LProst prévoit des amendes jusqu’à 40’000 francs pour les violations intentionnelles ou par négligence de la loi ou de ses dispositions d’exécution.Important à clarifier : ces contrôles récurrents sont avant tout motivés par des considérations de police administrative et de protection. Il ne s’agit pas d’un examen obligatoire rigide imposé à intervalles réguliers par la loi – en Suisse, l’accompagnement sanitaire se fait de plus en plus via des offres à bas seuil et volontaires plutôt que par des tests obligatoires.
Les chiffres qui trompent : 56 déclarés, plus de 1’300 en flux
La statistique neuchâteloise est une leçon sur la façon dont un seul chiffre peut être trompeur. Selon la réponse du Conseil d’État à une interpellation au Grand Conseil :
- Fin 2024, dans le canton, 51 établissements étaient actifs (32 salons, 18 appartements privés, 1 établissement public spécialisé), avec 59 personnes exerçant la prostitution à cette date ;
- Fin 2025, il y en avait 58 (39 salons, 18 appartements privés, 1 établissement public spécialisé) et 56 personnes à la date considérée.
Celui qui ne lit que cette photographie instantanée croit que Neuchâtel est un marché minuscule. Mais le mouvement annuel raconte autre chose : rien qu’en 2025, 779 personnes se sont déclarées pour la première fois via la déclaration obligatoire dans le canton. Et Médecins du Monde chiffre le nombre de personnes ayant exercé dans l’industrie du sexe dans le canton de Neuchâtel en 2024 à environ 1’326 – Canal Alpha parlait de « près de 1’350 ».
Le fossé entre « 56 à la date donnée » et « plus de 1’300 par an » est la véritable histoire du canton : le travail du sexe à Neuchâtel est fortement mobile et temporaire. De nombreuses personnes travaillent quelques jours ou semaines seulement, souvent dans le cadre de séjours brefs, puis repartent. Pour comprendre les compétences, il faut donc moins penser à un « marché neuchâtelois » fixe qu’à un flux – avec un poids correspondamment élevé de la première déclaration et de la saisie administrative rapide.
Cette structure explique aussi pourquoi les autorités mettent autant l’accent sur la traite des êtres humains et la prostitution illégale : là où beaucoup de gens travaillent peu de temps et se déplacent, la vulnérabilité est plus grande. Le canton s’oriente, selon sa propre présentation, sur le Plan d’action national contre la traite des êtres humains, qui repose sur quatre piliers : prévention, poursuites pénales, protection des victimes et coopération.
Les travailleurs du sexe étrangers : le niveau au-dessus du canton
La déclaration cantonale ne remplace pas le droit des étrangers et du séjour de la Confédération. Pour les ressortissants de l’UE/AELE, la procédure de déclaration du droit fédéral s’applique avec la limite bien connue de 90 jours de travail par année civile ; au-delà, une autorisation de séjour est requise. Pour les personnes ressortissantes de pays tiers, l’accès au travail du sexe indépendant est très limité.
En pratique, cela signifie : d’abord le statut en matière de séjour doit être correct (niveau fédéral), ce n’est qu’ensuite que s’applique la déclaration cantonale LProst. Les deux sont distincts, les deux doivent être compatibles – et aucune inscription cantonale ne peut corriger les erreurs au niveau fédéral. Les questions à clarifier en premier lieu relèvent du même réflexe que celui nécessaire dans chaque canton.
Où trouver du soutien
Contrairement au canton de Vaud (où Fleur de Pavé est active), l’accompagnement à bas seuil à Neuchâtel est principalement assuré par Médecins du Monde avec le projet THAYS (depuis 2019). THAYS propose la prévention, l’accès aux soins médicaux et la promotion de la santé ; une équipe de travailleurs sociaux et de professionnels de santé est active entre la ville de Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, visite les salons, est présente en ligne et accompagne dans les démarches administratives et sanitaires. En 2024, le projet a atteint environ 381 personnes selon ses propres déclarations.
Une restriction s’impose en 2026 : le financement de THAYS est sous pression – après la suppression des fonds fédéraux, le projet a manqué temporairement de environ 140’000 francs. Pour les personnes concernées, il est donc judicieux de vérifier directement la disponibilité plutôt que de se fier à un état antérieur.
Conclusion : d’abord l’office, puis l’activité
Neuchâtel est un canton où les règles sont énoncées de manière relativement claire – mais réparties entre plusieurs services. Pour s’y retrouver, il faut retenir trois axes :
- Établissement (salon, agence, bar spécialisé) → autorisation/déclaration auprès du secteur contrôle des ORCT / Service de l’emploi, avec une redevance annuelle et des obligations de l’exploitant.
- Personne → première déclaration personnelle à la police cantonale, transmission à l’administration fiscale.
- Santé et contrôle → surveillance par le médecin cantonal, inspections au moins annuelles.
Les limites strictes : pas de racolage de rue, pas de recours à des mineurs, amendes jusqu’à 40’000 francs. Et par-dessus, pour les étrangers et étrangères, toujours d’abord le droit fédéral.
Les chiffres et montants dans ce texte proviennent de sources officielles cantonales et de la réponse à interpellation la plus récente au Grand Conseil. Ils changent – les redevances, les formulaires et les compétences sont adaptés. Pour tout engagement légal, le service compétent neuchâtelois est l’adresse appropriée : le secteur contrôle des ORCT pour les questions d’établissement et la police cantonale pour la déclaration personnelle. Un simple coup de téléphone avant le premier jour de travail économise les corrections plus coûteuses par la suite.